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Apprendre à maîtriser les fausses informations

Pendant les dernières semaines vous avez reçu certainement des courriels d’alerte sur des sujets d’actualité avec la mention que c’était de la plus grande importance, à lire de toute urgence et de préférence à transmettre sans tarder à tout votre entourage pour le faire bénéficier de cette information de première main.

Bien entendu, après simple vérification, il apparaît qu’il s’agit d’une rumeur, d’une fausse information, d’une intox.

Mais comment déjouer le piège ?

Celui-ci fonctionne sur l’hypothèse qu’un message qui provient d’une proche connaissance n’est pas, a priori, suspect, qu’il ne peut être que vrai et qu’on peut donc lui faire confiance, même si l’émetteur avoue qu’il n’a pris le temps de vérifier pour ne pas retarder davantage l’instant de vous faire bénéficier de cette information capitale. Sauf  que cette connaissance l’a elle-même reçu d’une proche relation qui elle-même, etc… Et roule la fausse information !

Vérifier est pourtant facile. Par exemple pour le sujet « Macron financé par l’Arabie Saoudite » le lien inclus dans le courriel pointe vers le site «Le Soir.info», laissant croire qu’il s’agit du site du quotidien belge Le Soir. Or ce site est un faux.  Il ne faut ensuite pas beaucoup de recherches dans mon moteur de recherche préféré  pour trouver des articles sérieux qui démontent la fausse information :

Le Monde : Macron « financé par l’Arabie saoudite » : une intox massivement relayée par l’extrême droite
Libération : Quand Marion Maréchal Le Pen relaie un fake sur Macron
La Voix du Nord : Emmanuel Macron à nouveau victime d’une fake news
RTL Belgique : Le journal Le Soir victime d’un site publiant de fausses informations sur Macron
CrossCheck : Prétendu financement de la campagne de Macron par l’Arabie Saoudite

Le recoupement de ces quelques sources ne laisse aucun doute sur la tromperie. La prétendue information est venue d’un faux article, inventé de toutes pièces. C’est un cas d’école qui illustre bien les grosses ficelles de la fabrique des fausses nouvelles.

Dans la même veine, le thème de la taxation de propriétaires clairement démonté, notamment, par un article du magazine Capital.

Mais les informations douteuses peuvent aussi venir de publications supposées sérieuses, comme Valeurs Actuelles. Ardent défenseur du candidat Fillon, ce qui ne peut évidemment lui être reproché, le magazine a publié en février une contre-enquête sur ce qu’ils nomment « le complot anti-Fillon ». L’enquête en elle-même n’essaye pas de disculper mais tente d’établir d’où proviennent les informations données au Canard Enchaîné sans avancer de faits établis, comme le soulignent Europe1 et Les Inrocks. Le

Début Mars le même magazine met en avant une enquête d’opinion qui est la seule à placer en tête son candidat, contrairement à tous les sondages. Filteris, une entreprise canadienne spécialisée en « web-réputation », donne en effet une toute autre lecture de l’opinion des Français. Cette société n’est absolument pas un institut de sondage mais elle mesure le buzz que génèrent les personnalités politiques sur les réseaux sociaux, que ce soit positivement ou négativement. Le magazine écrit que Filteris avait déjà prédit la victoire de Trump (vrai) ou le Brexit (faux, ceci a même été démenti par Filteris soi-même), la victoire de Fillon au premier tour de la primaire (vrai) et en tire la conclusion qu’en « se basant sur cette méthode innovante, les résultats des intentions de vote du premier tour de la prochaine présidentielle sont bien différents que ceux annoncés par les instituts de sondage ». Mais il se garde bien d’éclairer ses lecteurs par la moindre mise en perspective critique, contrairement à ce qu’ont fait de nombreux médias faisant leur travail avec sérieux:

Francetvinfo Pourquoi il faut se méfier des « mesures » de Filteris
Le Monde Filteris, la pseudo-enquête électorale à prendre avec des pincettes
Les Echos Filteris a perdu son pari avec sa méthode de prévision contestée
Europe1 les instituts ont gagné une bataille

Pour aller plus loin :

Études bidons, rumeurs, boules puantes : le grand n’importe quoi de fin de campagne présidentielle
Libération : tous les bobards de la campagne du premier tour
Le projet Crosscheck Travailler ensemble pour donner des informations authentiques
Vérifier si ce n’est pas une rumeur http://www.hoaxbuster.com/
http://www.liberation.fr/auteur/15236-service-desintox

Décodex : vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux

Pour ceux qui auraient fondé leur opinion en se basant sur une de ces fausses informations il n’est pas trop tard pour se nettoyer le cerveau.

Bien entendu ne pas transmettre ce message sans s’assurer qu’il ne comporte pas de fausses informations…

Cette fois c’est la tournée du lobby du vin

On a vu il n’y a pas si longtemps le lobby du tabac en action dans le cadre de la discussion de la loi Macron. Cette fois il s’agit toujours de la loi Macron mais c’est le lobby du vin qui offre la tournée!

Un amendement sénatorial a été déposé par un sénateur qui est également viticulteur. Une enquête de France Télévisions a montré les liens qu’entretenait ce dernier avec la filière viticole. Le sénateur en question, de Gironde, propose d’atténuer les effets de la loi Evin pour mieux distinguer la publicité de l’information, et permettre aux médias de parler plus librement de vin sans risquer d’être poursuivis. Le lobby viticole est tellement puissant que l’Assemblée nationale a adopté cet amendement sans tenir compte de l’avis du gouvernement qui s’y opposait.

Justement le Président de la République doit se rendre dimanche 14 juin au salon Vinexpo. Il pourra trinquer tranquille.

C’était évidemment le risque de cette loi fourre-tout qui vise à stimuler l’activité et la croissance de l’économie française d’y retrouver subrepticement un amendement sur le vin. Le gouvernement déplore, mais n’aurait-il pas ouvert la boîte de Pandore ?

 

A distance, piloter un avion ou surveiller sa maison ?

La catastrophe récente de l’Airbus A320 sur la montagne des Alpes du Sud a conduit à s’interroger sur la validité des mesures de sécurité en usage et à leur possible amélioration. Parmi les hypothèses discutées celle de prendre le contrôle de l’avion à distance en cas de besoin.

L’avion, objet connecté.

D’un point de vue technique le pilotage à distance d’un objet volant est réalisable. C’est notamment le cas pour les drones. En 2011 une expérience a été réalisée pour piloter un drone à 4800 km de distance avec un iPhone ! Et il ne s’agissait pas de bidouilleurs du dimanche : « des ingénieurs de Boeing et des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology ont mis au point une application et un système qui permettent de contrôler un mini-drone à plus de 4500 kilomètres de distance« . Selon Gérard Feldzer, consultant en aéronautique et en transport, interrogé par Challenges.fr « techniquement on saurait mettre en place un système de « remote control » mais il y aurait certainement une résistance des pilotes désireux de garder la maîtrise de leur avion« .

Sécuriser les transmissions de données

Mais surtout les spécialistes pointent les problèmes liés à la sécurisation des données échangées entre l’avion et le contrôle au sol. Cela ne manquerait pas de susciter des vocations de piratage pour prendre le contrôle de l’avion ou parasiter les transmissions. Il existe aussi un problème psychologique pour les passagers : accepteraient-ils facilement de prendre un avion sans pilote à bord ? On évoquera bien sûr le contre exemple du métro automatique de Lille (plus important réseau automatique du monde) en service depuis plus de 30 ans sans aucun incident et parfaitement accepté, mais faire dévier de sa trajectoire un véhicule qui circule sur des rails est une autre affaire que pour un avion…

Actuellement de nombreuses installations industrielles présentent un risque majeur face à des attaques  malveillantes éventuelles. Ce type de risque est pris très au sérieux. En 2008 un adolescent polonais a provoqué un accident de tramway en faisant dérailler un véhicule grâce à une télécommande qu’il s’était lui-même fabriqué, selon le quotidien britannique The Telegraph. Pour protéger les grandes entreprises françaises, l’ANSSI a publié en 2012 un guide sur la cybersécurité des systèmes industriels et un cas pratique illustrant les menaces qui planent sur les systèmes des entreprises. En effet la plupart des équipements industriels sont pilotés par automates programmables. Le risque est d’autant plus fort que ces équipements industriels ont une durée de vie longue, sont de conception souvent ancienne ne prenant pas en compte les aspects sécurité et qu’il n’est pas envisageable de les remplacer rapidement pour des raisons économiques évidentes. Toutefois les  propriétaires de ces équipements ont généralement les moyens financiers de faire face, à court ou moyen terme.

Existe-t-il un marché pour des objets connectés domestiques sécurisés ?

Mais qu’en est-il des objets connectés à usage domestique ? Ces objets concernent la gestion de la maison, depuis le réfrigérateur jusqu’à l’aspirateur en passant par la serrure, la commande du thermostat et des volets roulants sans oublier les lumières, les caméras… Il s’agit aussi des capteurs en tout genre, podomètre mais aussi compteur électrique dit intelligent et bien sûr, pour plus tard, la voiture sans chauffeur.

On nous promet de 20 à 30 milliards d’objets connectés à l’horizon 2020. Or tous ont en commun deux problèmes : d’une part leurs données sont susceptibles de ne pas rester confidentielles, d’autre part chaque objet est un point d’entrée possible pour une attaque malveillante, d’autant plus malveillante si l’objet s’insère dans un réseau domestique (de type smartphone + maison intelligente). Certains se diront : assurer la sécurité d’un avion on comprend que cela soit une priorité mais quel est le risque avec un bracelet qui permet au coureur à pied de mesurer les kilomètres parcourus ou le nombre de foulées réalisées et de suivre son itinéraire avec un GPS ? Un coureur géolocalisé par son bracelet c’est d’abord quelqu’un qui n’est pas chez lui ce qui représente une information capitale pour un potentiel cyber cambrioleur qui ne manquera pas de s’attaquer aux autres points d’intrusion possibles que constituent les objets connectés utilisés par le coureur à pied. Prendre le contrôle d’un objet connecté c’est s’ouvrir la possibilité d’entrer dans le réseau domestique où il s’inscrit.

Or la grande différence avec la sécurisation des équipements électroniques de l’avion réside dans le faible coût des objets connectés à usage domestique. Connecter un appareil domestique constitue un avantage marketing, lié souvent à l’effet de mode. Mais y ajouter les dispositifs pour assurer la sécurité du réseau informatique domestique dans lequel il s’inscrit reviendrait à augmenter son prix de façon dissuasive pour l’acheteur. En l’état actuel de la technologie, cette situation apparaît sans issue. “Plus ces objets deviennent grand public, plus il y aura d’opportunités pour les cybercriminels”. On ne peut que constater que la course aux innovations se fait au détriment des problématiques de sécurité. Il faudrait notamment que les questions de sécurité soient prises en compte dès la conception, ce qui est loin d’être le cas. Selon le mot de J-F Beuze, on continue de « mettre les dollars avant les bœufs ». Ainsi Bercy veut accélérer l’utilisation de la carte de paiement sans contact. Pour le gouvernement, il s’agit surtout de valoriser l’écosystème de paiement sans contact mis sur pied par les acteurs français, alors que les géants américains comme Apple se mettent en mouvement. Pourtant la sécurité de ce dispositif est loin d’être avérée et de sérieuses précautions restent à prendre.

Mon domicile vaut bien un Airbus.

Ainsi au royaume des entités connectés on trouve des seigneurs comme les avions et les installations industrielles qui sont parfois des chaînes de télévision. Un consensus s’établit pour dire qu’ils doivent bénéficier d’une sécurité maximum et qu’il faut faire les efforts financiers nécessaires parce qu’ils concernent l’usage général et sont en relation avec les intérêts économiques et stratégiques des pays concernés.

Mais il y a aussi la valetaille des petits objets connectés de faibles valeurs qui concernent souvent l’usage des particuliers. L’objet connecté qui attire le plus les français serait la voiture. Ces objets connectés représentent un marché considérable. Le cabinet Xerfi a réalisé une étude sur ce marché et a identifié comme freins à son développement la sécurité des données, le piratage et l’intrusion dans la vie privée. En clair, les usagers accorderont leur confiance quand ils percevront que ces objets offrent un niveau de sécurité comparable, toutes proportions gardées, à celui d’un avion. Ou bien ignorant de ces choses là ils les adopteront les yeux fermés jusqu’au jour où, victimes d’un piratage, ils découvriront que tout n’était pas si rose dans le meilleur des mondes qu’on leur avait vendu. Se faire dérober son smartphone deviendra bien plus grave que perdre son trousseau de clés sur lequel l’adresse serait indiquée.

C’est pourquoi il n’y a que deux champs d’actions possibles. D’abord démystifier l’idée que le tout numérique ne peut être qu’un univers radieux dénué de risques. Ensuite faire prendre conscience de la nature de ces risques et former, sensibiliser les utilisateurs à un usage raisonné et vigilant. Car dans la chaîne de la sécurité l’homme est le maillon faible dans la plupart des cas. 8 incidents informatiques sur 10 seraient dus au facteur humain selon une étude publiée en 2014.  Les premiers éléments de l’enquête sur le cas de TV5 Monde, qui est loin d’être terminée, mettent en évidence un certain nombre de failles dans le domaine des comportements selon cet article de CNnet Cyberattaque contre TV5 Monde, ou le b.a.-ba du hacker débutant pour qui « le vrai problème réside plutôt dans la crédulité des salariés, qui se sont laissés abuser par de faux e-mails, dans l’utilisation d’un matériel obsolète ou d’un système d’exploitation (OS) non mis à jour, et dans la très probable non-segmentation des réseaux – le réseau “interne”, bureautique, étant relié à celui utilisé pour diffuser les programmes de la chaîne de télévision« . Rêver d’une maisons connectée au smartphone et à tous les bracelets électroniques possibles sans se former à leur usage sécurisé c’est sombrer dans le syndrome TV5Monde.
Cet article de la CNIL « Maîtrisez les réglages « vie privée » de votre smartphone » peut constituer un premier point d’entrée pour ne plus rêver.

La RATP censure au nom de la laïcité

On avait connu un épisode sur la crèche à propos de la laïcité, voilà que la RATP invente la censure quand il est question des chrétiens d’Orient.

La RATP, par l’intermédiaire de sa régie publicitaire, a refusé la mention « au bénéfice des chrétiens d’Orient » sur les affiches pour un concert du groupe Les Prêtres. Il s’agissait tout simplement d’indiquer que ce concert était destiné à soutenir la cause des chrétiens d’Orient par l’intermédiaire de l’association L’œuvre d’Orient qui leur vient en aide matériellement. (suite…)

La fausse bonne nouvelle de la baisse des dépenses publiques et du déficit

On a souvent entendu des propositions en vue de la baisse des dépenses publiques, souvent à l’époque de la préparation du budget de la nation et les médias n’ont pas manqué de reprendre le message. Ces propositions d’économie dans les dépenses publiques, souvent sous la pression de l’UE, se chiffrent en milliard d’euros. Le citoyen lambda, pour qui faire des économies suppose de dépenser moins, est donc convaincu que la France va dépenser moins quand le gouvernement prévoit « 15 milliards d’euros d’économies dans le budget 2014 » ou que le budget 2015 comportera « 21 milliards d’économies« . (suite…)

La loi Prévert pour la croissance et l’activité

Le projet de loi pour la croissance et l’activité présenté par le Ministre de l’Économie a été maintes fois décrit  comme un « texte fourre-tout pour doper l’économie« .

Il est en effet pour le moins insolite de placer dans un même texte l’extension du travail le dimanche et en soirée, l’épargne salariale dans les PME, les cessions d’actifs de l’Etat tels que les aéroports de Lyon ou de Nice, la libéralisation des transports en autocar ou encore les conditions d’entrée et d’exercice tarifaire des professions règlementées ( huissiers, commissaires-priseurs, notaires ), comme le souligne Le Figaro dans cet article « La loi Macron, un fourre-tout politicien« . (suite…)

Un faux communiqué en faveur des Chrétiens d’Orient

A la mi septembre l’évêque de Périgueux a publié un communiqué pour attirer l’attention sur les violences ponctuelles et les discriminations supportées par les chrétiens d’Orient, puis sur la vague de persécutions et de destructions qui viennent des intégristes islamistes. Il déplorait également le « silence médiatique » assourdissant : « Celui des fameuses élites intellectuelles et politiques toutes tendances confondues aussi ». Ce communiqué est daté du 13 septembre et signé de la main de l’évêque, Mgr Michel Mouïsse. On peut en prendre connaissance sur le site du diocèse de Périgueux et Sarlat ou directement par ce lien http://bit.ly/ZzhQgE. (suite…)