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Category Archives: Economie

Harmony of the Seas n’est pas écologique

Le lancement du navire de croisière « Harmony of the Seas » est l’occasion de commentaires dithyrambiques dans la presse.

Ce n’est pas seulement « le plus gros paquebot du monde, (…) c’est aussi le plus cher jamais construit » et il serait « plus respectueux de l’environnement » car il « produira 20% d’émissions de CO2 en moins par passager et par jour que les deux premiers paquebots de la classe Oasis, également construits par STX ». STX a également mis en place des avancés technologiques qui permettent de réduire jusqu’à 25% la consommation énergétique. « Il consomme beaucoup moins de fuel que ceux de la génération précédente. Le deuxième aspect concerne les fumées. On a installé sur ce navire les plus gros systèmes de lavage de fumées qui permet de limiter les émissions polluantes à l’échappement. »

Faut-il en déduire qu’un paquebot n’est plus une source de pollution? Certainement pas. Mais son empreinte écologique, jadis forte, s’atténue de plus en plus. Ainsi le plus gros paquebot du monde actuellement pollue beaucoup moins qu’en son temps le Titanic.

Mais ces améliorations sont aussi un piège pour la planète. En effet la croisière est l’un des seuls secteurs dans le tourisme à avoir régulièrement une croissance à deux chiffres. Entre 1995 et 2030 chaque année 43 millions de voyageurs supplémentaires en tourisme de luxe sont venus sur ce marché. Même avec des navires à empreinte écologique plus faible, leur multiplication entrainera nécessairement une empreinte écologique globale plus élevée.

Ce site permet de calculer l’empreinte carbone d’un mode de transport sur un parcours donné. On calcule ainsi que l’empreinte carbone journalière d’une journée de croisière est de l’ordre de 0,2 tonne de CO2 (pour une croisière de 12 jours, en cabine de 4 personnes). Les chantiers STX ont livré 3 navires pour environ 6000 passagers et en ont en commande une dizaine de navires capacité moindre (2 900 personnes), représentant en chiffres ronds une capacité de 50 000 passagers. Si on considère 300 jours de navigation par an, l’ensemble de cette flotte émet finalement 0,2 x 50000 x 300 = 3 millions de tonnes de CO2 par an. Ce chiffre est un peu inférieur au rejet de CO2 de Malte en 2012.

On peut se donner un autre repère. Une croisière de 12 jours représente l’émission de 2,4 tonnes de CO2 pour un croisiériste. En moyenne un citoyen de l’UE émet 9,1 tonnes par an et pour empêcher le réchauffement climatique, une personne ne devrait pas émettre plus de 2 tonnes par an. On est donc bien loin du compte.

Mais sur le plan économique les commandes engrangées assurent dix années de pleine activité pour les chantiers et les sous-traitants. On voit bien que le problème n’est pas simple entre les objectifs de sauvegarde du climat et les nécessités économiques.

Au-delà du court terme, quelle réflexion stratégique d’évolution de l’emploi est-elle menée pour évoluer à échéance dix ou vingt ans vers des emplois climato compatibles?

Quels changements de mode de vie sommes-nous prêts à accepter pour cela ? La vie serait-elle impossible sans toboggans géants sur les navires de croisière ?

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Quel nom pour la région Nord Pas-de-Calais Picardie ?

Lundi les élus de la région vont choisir un nouveau nom parmi trois propositions retenues à la suite de différentes consultations : Hauts-de-France, Nord-de-France ou Terres-du-Nord.

Ce choix divise et la Picardie se dit même « outragée ».

Le site France 3 Nord Pas-de-Calais pense que le nom choisi sera Hauts-de-France. Il avance des arguments étonnants. C’est le nom préféré des sondages et il aurait l’avantage de ménager le plus les susceptibilités en « ne faisant référence à aucun des anciens noms. Pas de Nord. Pas de Picardie. Pas de Pas-de-Calais ».

Curieuse ambition! Comme si le nom de la région n’était pas une marque destinée à la faire connaître et identifier clairement. Pour des motifs économiques d’abord bien avant les satisfactions de clochers! Au fait Hauts-de-France en anglais ça donne quoi ?

Chômage: la courbe et le plateau

Les chiffres du chômage sont enfin à la baisse pour le mois de septembre, chiffres publiés hier. Toute la question est de savoir si une tendance nouvelle se dessine. Les commentaires, généralement prudents, mettent surtout en avant le constat qu’un certain plateau serait atteint. Comme expliqué il y a presque deux ans dans cet article « La courbe du chômage va s’inverser » les paramètres constitutifs de la courbe du chômage sont multiples et pas simples à analyser. Pourtant cette capacité d’analyse est indispensable pour donner confiance et montre qu’il y a un pilote à bord qui maîtrise la trajectoire.

Comme le phénomène est complexe il évolue lentement et, sauf action forte (non identifiée à ce jour…), son rythme d’évolution actuelle s’appliquera longtemps encore. Si la courbe atteint bien maintenant un plateau, la future partie descendante de cette courbe a toutes les chances d’évoluer au même rythme que celui constaté lors de la progression du phénomène sur la partie ascendante.

Dans son éditorial sur Europe 1 ce matin, le directeur de la rédaction des Échos constatait que sur les 4 derniers mois le nombre de chômeurs a diminué de 4 000 par mois. A ce rythme, pour revenir au nombre de chômeurs de mai 2012 il faudrait 55 ans.

Moins pessimiste Le Monde, s’appuyant sur la baisse de 23 800  en septembre, parle de « seulement » 6 ans.

 

Cette fois c’est la tournée du lobby du vin

On a vu il n’y a pas si longtemps le lobby du tabac en action dans le cadre de la discussion de la loi Macron. Cette fois il s’agit toujours de la loi Macron mais c’est le lobby du vin qui offre la tournée!

Un amendement sénatorial a été déposé par un sénateur qui est également viticulteur. Une enquête de France Télévisions a montré les liens qu’entretenait ce dernier avec la filière viticole. Le sénateur en question, de Gironde, propose d’atténuer les effets de la loi Evin pour mieux distinguer la publicité de l’information, et permettre aux médias de parler plus librement de vin sans risquer d’être poursuivis. Le lobby viticole est tellement puissant que l’Assemblée nationale a adopté cet amendement sans tenir compte de l’avis du gouvernement qui s’y opposait.

Justement le Président de la République doit se rendre dimanche 14 juin au salon Vinexpo. Il pourra trinquer tranquille.

C’était évidemment le risque de cette loi fourre-tout qui vise à stimuler l’activité et la croissance de l’économie française d’y retrouver subrepticement un amendement sur le vin. Le gouvernement déplore, mais n’aurait-il pas ouvert la boîte de Pandore ?

 

La fausse bonne nouvelle de la baisse des dépenses publiques et du déficit

On a souvent entendu des propositions en vue de la baisse des dépenses publiques, souvent à l’époque de la préparation du budget de la nation et les médias n’ont pas manqué de reprendre le message. Ces propositions d’économie dans les dépenses publiques, souvent sous la pression de l’UE, se chiffrent en milliard d’euros. Le citoyen lambda, pour qui faire des économies suppose de dépenser moins, est donc convaincu que la France va dépenser moins quand le gouvernement prévoit « 15 milliards d’euros d’économies dans le budget 2014 » ou que le budget 2015 comportera « 21 milliards d’économies« . (suite…)

La loi Prévert pour la croissance et l’activité

Le projet de loi pour la croissance et l’activité présenté par le Ministre de l’Économie a été maintes fois décrit  comme un « texte fourre-tout pour doper l’économie« .

Il est en effet pour le moins insolite de placer dans un même texte l’extension du travail le dimanche et en soirée, l’épargne salariale dans les PME, les cessions d’actifs de l’Etat tels que les aéroports de Lyon ou de Nice, la libéralisation des transports en autocar ou encore les conditions d’entrée et d’exercice tarifaire des professions règlementées ( huissiers, commissaires-priseurs, notaires ), comme le souligne Le Figaro dans cet article « La loi Macron, un fourre-tout politicien« . (suite…)

Les lobbys à la manœuvre

La discussion du projet de loi Macron vient de mettre en évidence, une fois de plus, le rôle que tiennent les lobbys dans la préparation des amendements.

Déjà au mois de décembre le JDD avait rapporté que pas moins de vingt amendements identiques avaient été déposés en commission des Finances de l’Assemblée nationale pour le projet de loi de finances rectificatif (PLFR). « Tous étaient rédigés de la même manière, mot pour mot. Un vrai « copié-collé ». Et avaient comme objectif de limiter la fiscalité sur le tabac. Plus surprenant, une quarantaine de députés de tous bords sont à l’origine de ces textes. Des socialistes, des radicaux, des centristes UDI et des UMP « . (suite…)