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Le jour du dépassement de la Terre

En ce 8 août 2016, les Terriens ont consommé les réserves que la planète devait leur fournir pour toute l’année.
Le jour du dépassement, c’est le jour à partir duquel nous consommons plus que ce que la Terre peut nous offrir et ce, sans lui laisser le temps de se régénérer. La date est calculée en divisant la biocapacité de la Terre (la quantité de ressources naturelles qu’elle produit en un an) par  l’empreinte écologique de la population mondiale (la consommation naturelle mondiale en un an).

Par exemple, la surpêche empêche les espèces chassées de se reproduire en nombre suffisant pour faire face aux captures de l’année suivante. Résultat, d’année en année, l’homme pêche plus loin, plus profond, dévastant encore un peu plus les ressources halieutiques. Autre exemple : le gaspillage de l’eau conduit à épuiser les ressources en eau.

Actuellement la population globale du monde consomme 1,6 fois les ressources naturelles que la planète peut renouveler. Si toute la population mondiale vivait comme les français il faudrait 3 planètes. Pour couvrir les besoins actuels des citoyens français nous avons besoin de 1,7 fois la France.

La date du jour de dépassement de la Terre avance d’année en année. De fin décembre en 1970 elle est passée à début novembre en 1980, début octobre en 2000, début septembre en 2006. Depuis quelques années elle tend à progresser moins vite.

Pour tenir les objectifs fixés par l’Accord de Paris adopté en décembre 2015 par 195 pays, notre empreinte carbone doit progressivement décroître. Tous les efforts comptent : limiter la consommation de viande, choisir des poissons issus de la pêche durable, préférer les transports doux (marche à pied, vélo) ou, si ce n’est pas possibles, ceux collectifs, être attentif aux fuites d’eau, aux lampes qui restent allumées sans raison, aux appareils en veille, réduire la consommation de papier…

Les efforts sont payants. Pendant 4 jours, du 7 au 11 mai 2016, le Portugal a réussi à s’alimenter entièrement avec de l’électricité renouvelable (solaire photovoltaïque, éolien, hydro-électricité). Encore plus fort le Costa Rica a produit 97% de son électricité grâce à des énergies renouvelables au premier trimestre 2016.

 

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Harmony of the Seas n’est pas écologique

Le lancement du navire de croisière « Harmony of the Seas » est l’occasion de commentaires dithyrambiques dans la presse.

Ce n’est pas seulement « le plus gros paquebot du monde, (…) c’est aussi le plus cher jamais construit » et il serait « plus respectueux de l’environnement » car il « produira 20% d’émissions de CO2 en moins par passager et par jour que les deux premiers paquebots de la classe Oasis, également construits par STX ». STX a également mis en place des avancés technologiques qui permettent de réduire jusqu’à 25% la consommation énergétique. « Il consomme beaucoup moins de fuel que ceux de la génération précédente. Le deuxième aspect concerne les fumées. On a installé sur ce navire les plus gros systèmes de lavage de fumées qui permet de limiter les émissions polluantes à l’échappement. »

Faut-il en déduire qu’un paquebot n’est plus une source de pollution? Certainement pas. Mais son empreinte écologique, jadis forte, s’atténue de plus en plus. Ainsi le plus gros paquebot du monde actuellement pollue beaucoup moins qu’en son temps le Titanic.

Mais ces améliorations sont aussi un piège pour la planète. En effet la croisière est l’un des seuls secteurs dans le tourisme à avoir régulièrement une croissance à deux chiffres. Entre 1995 et 2030 chaque année 43 millions de voyageurs supplémentaires en tourisme de luxe sont venus sur ce marché. Même avec des navires à empreinte écologique plus faible, leur multiplication entrainera nécessairement une empreinte écologique globale plus élevée.

Ce site permet de calculer l’empreinte carbone d’un mode de transport sur un parcours donné. On calcule ainsi que l’empreinte carbone journalière d’une journée de croisière est de l’ordre de 0,2 tonne de CO2 (pour une croisière de 12 jours, en cabine de 4 personnes). Les chantiers STX ont livré 3 navires pour environ 6000 passagers et en ont en commande une dizaine de navires capacité moindre (2 900 personnes), représentant en chiffres ronds une capacité de 50 000 passagers. Si on considère 300 jours de navigation par an, l’ensemble de cette flotte émet finalement 0,2 x 50000 x 300 = 3 millions de tonnes de CO2 par an. Ce chiffre est un peu inférieur au rejet de CO2 de Malte en 2012.

On peut se donner un autre repère. Une croisière de 12 jours représente l’émission de 2,4 tonnes de CO2 pour un croisiériste. En moyenne un citoyen de l’UE émet 9,1 tonnes par an et pour empêcher le réchauffement climatique, une personne ne devrait pas émettre plus de 2 tonnes par an. On est donc bien loin du compte.

Mais sur le plan économique les commandes engrangées assurent dix années de pleine activité pour les chantiers et les sous-traitants. On voit bien que le problème n’est pas simple entre les objectifs de sauvegarde du climat et les nécessités économiques.

Au-delà du court terme, quelle réflexion stratégique d’évolution de l’emploi est-elle menée pour évoluer à échéance dix ou vingt ans vers des emplois climato compatibles?

Quels changements de mode de vie sommes-nous prêts à accepter pour cela ? La vie serait-elle impossible sans toboggans géants sur les navires de croisière ?