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La fausse bonne nouvelle de la baisse des dépenses publiques et du déficit

On a souvent entendu des propositions en vue de la baisse des dépenses publiques, souvent à l’époque de la préparation du budget de la nation et les médias n’ont pas manqué de reprendre le message. Ces propositions d’économie dans les dépenses publiques, souvent sous la pression de l’UE, se chiffrent en milliard d’euros. Le citoyen lambda, pour qui faire des économies suppose de dépenser moins, est donc convaincu que la France va dépenser moins quand le gouvernement prévoit « 15 milliards d’euros d’économies dans le budget 2014 » ou que le budget 2015 comportera « 21 milliards d’économies« .

Mais la réalité est tout à fait différente. Il ne s’agit pas d’une baisse effective des dépenses, mais seulement d’un rythme d’augmentation moindre que celui qui se serait naturellement installé si on n’avait rien fait pour le ralentir. Cette hausse étant naturellement alimentée par le vieillissement de la population, l’inflation ou l’augmentation des besoins sociaux notamment. Mais rares sont les médias à expliquer clairement cette réalité, ce que fait joliment le journal économique Les Échos, en octobre 2014 à propos du budget 2015, en indiquant : « Le chiffrage du gouvernement repose sur une comparaison avec l’augmentation « naturelle » de la dépense publique si rien n’est fait (en raison de l’inflation, du vieillissement…). Les dépenses publiques (1.200 milliards aujourd’hui) ne vont donc pas baisser au cours des trois prochaines années, mais augmenter moins vite que leur trajectoire spontanée« . C’est ainsi qu’au lieu de « progresser naturellement de l’ordre de 110 milliards, la dépense publique progressera de 60 milliards d’ici à 2017« , ce qui fait apparaître 50 milliards d’économie. Pourtant, malgré ces économies il faudra quand même sortir 60 milliards de plus des caisses de l’État. Cet article d’Économie Matin donne une représentation graphique de cette question. La Cour des Comptes a souligné à plusieurs reprises les limites de cette approche.

Après cet épisode, voilà maintenant que les médias répètent la même inexactitude d’information à propos de la récente annonce (le 25 mars) par l’INSEE du déficit 2014, présenté par le gouvernement comme meilleur que prévu. Revue de presse pour mesurer l’étendue de la désinformation.

Les Échos : Le déficit public 2014 bien moins élevé que prévu. « L’Insee a annoncé ce jeudi matin un déficit public bien meilleur qu’escompté. « Il y aura une baisse du déficit pour 2014 par rapport à ce qui était prévu. On avait prévu 4,4%, ça sera sans doute autour de 4% », indiquait dès hier soir Manuel Valls, le Premier Ministre, sur France 3« .

Libération : Le déficit public 2014 moins élevé que prévu. « La France a enregistré en 2014 un déficit public un peu moins élevé que prévu et a revu en baisse son objectif pour 2015, ce qui devrait lui permettre de contenter la Commission européenne« .

Huffingtonpost : Le déficit public 2014 moins élevé que prévu, objectif 2015 abaissé (mais la dette a augmenté). « Le gouvernement tablait initialement sur 4,4%. Cette performance budgétaire meilleure que prévu « a ouvert la perspective d’une révision à la baisse du déficit public en 2015, aux alentours de 3,8% du PIB », au lieu de 4,1% comme prévu jusqu’ici, a indiqué le ministre des Finances, Michel Sapin, dans un communiqué. « Ce résultat est le fruit d’un effort continu, partagé par l’ensemble des administrations, de maîtrise des dépenses publiques », s’est félicité ce dernier« .

Le Point : Le déficit public français 2014 moins élevé que prévu. « Le pays a enregistré l’an dernier un déficit public équivalent à 4% de son Produit intérieur brut (PIB), après 4,1% en 2013 et là où le gouvernement tablait initialement sur 4,4%. »

Il faudrait citer encore bien d’autres médias allant dans le même sens : la France a fait mieux que ce qu’elle avait prévu. Or cette affirmation est inexacte. En effet :

Ces faits montrent clairement que l’estimation initiale du déficit, inscrite dans la loi de finance 2014, était bel et bien de 3,6%. La représentation graphique (en rouge) de l’évolution de l’estimation de déficit est révélatrice.

estimation_deficit_2014

On voit très clairement que l’estimation publiée en septembre 2014 s’écarte nettement de la tendance des estimations antérieures. Pour des mécanismes aussi complexes qui intègrent un grand nombre de paramètres une tendance ne peut se casser que s’il existe un ensemble d’évènements majeurs pour l’expliquer (sur cette question lire l’article La courbe du chômage va s’inverser). Or ceci ne transparaît pas de la conférence de presse du ministre. Au contraire, on constate finalement que la projection, en septembre 2014, de l’estimation tendancielle (courbe verte) aboutit aux environs des 4% finalement constatés. Annoncer 4,4% en septembre, en anticipant que la tendance serait plutôt autour de 4%, permettait d’allouer une réserve en cas d’aléas éventuel et portait la promesse probable d’une annonce d’une « heureuse surprise », « fruit d’un effort continu », à l’heure de la publication du chiffre définitif…

En conclusion, un déficit final de 4% ne peut donc pas être considéré comme une performance. Ce n’est pas non plus une performance pour la presse économique, sauf exceptions comme Challenges et surtout BFMTV qui explique bien la pirouette,  de ne pas avoir démystifié cette situation avérée de désinformation.

 

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