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Que devient notre rapport au temps ?

Le temps prend une place de plus en plus importante dans la vie de chacun. Mais il est souvent bien difficile de  percevoir comment cette importante s’insinue et modifie nos comportements. Quelques expressions tentent de décrire la situation. Elles reflètent plutôt une difficulté de positionnement et de compréhension: on n’a plus le temps, le temps passe plus vite et même, incantation ultime, le temps s’accélère…

D’un point de vue physique dire que le temps s’accélère n’a pas de sens. Par définition, l’accélération mesure la vitesse à laquelle la vitesse, d’un véhicule par exemple, augmente. Une voiture dont la vitesse augmente de 5 mètres par seconde chaque seconde pendant dix secondes subit une accélération de 5 m:s pendant  ces dix secondes. Une voiture dont la vitesse est constante a une accélération nulle. On comprend bien que parler de l’accélération du temps n’a pas de signification. Cela reviendrait à s’interroger sur la vitesse à laquelle la vitesse du temps change. Une journée aura toujours 24 heures. Pourtant cette expression voudrait bien traduire une perception de notre relation au temps.

La veillée qui occupait beaucoup de soirées il y a quelques décennies,  parce qu’il n’y avait guère d’autres occupations, a été remplacée par la soirée télé, la sortie au cinéma, une réunion, la lecture, le bricolage, les écrans, etc. Parfois même plusieurs de ces activités se succèdent dans la même soirée. C’est certainement ces multiples sollicitations qui nous fait dire que notre perception du temps a évolué.

Le physicien Etienne Klein résume parfaitement cette situation en écrivant dans un billet intitulé Non, le temps ne s’accélère pas : « Le succès de cette expression « le temps s’accélère » est révélateur: il en dit long, non pas sur notre époque elle-même, .mais sur le rapport que nous entretenons avec elle. (…) En réalité, nous sommes moins les victimes d’une prétendue accélération du temps que de la superposition de présents multiples qui entrent en conflit mutuel : en même temps que nous travaillons, nous répondons aux sollicitations de notre téléphone portable ou de notre ordinateur et écoutons la radio« .

Et il ajoute, fort justement : « Nous sommes tous au même endroit, mais nous n’habitons pas le même présent, nous ne sommes pas vraiment ensemble, n’avons pas le même rapport à ce qui se passe et ne faisons donc pas ‘monde commun’. Notre société abrite une entropie chrono-dispersive qui modifie l’intensité et la qualité de son lien social« .

Le temps étant toujours le même, plus nous voulons y insérer de présents multiples, plus chacun d’eux est réduit. Ce serait même devenu la caractéristique de notre société. « A notre époque les démocraties seraient devenues le règne des espaces temporels toujours plus restreints dont la nanoseconde peut être considérée comme le symbole » selon Carmen Leccardi dans son ouvrage Accélération du temps, crise du futur, crise de la politique qui parle de « nanocratie ».

La différence est d’importance. Si c’est le temps qui s’accélère, nous n’y pouvons rien, il faut subir. Si nous choisissons de vivre dans des présents multiples sans habiter le même endroit que les autres, la balle est dans le camp de chacun.

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