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Réveil des consciences et engagement politique

Dans un message aux catholiques du Var, monseigneur Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, évoque le « large mouvement de réveil des consciences qui a vu le jour « . Il souligne que « derrière le recours au principe d’égalité se profile un changement de civilisation et une révolution anthropologique. Les avancées de l’idéologie dite du gender n’ont échappé à personne : sous couvert de faire droit à la part de construction sociale dont est revêtue la sexualité, on en vient à contester que le sexe soit une donnée de nature, enracinée dans la corporéité et qui caractérise toute la personne humaine. On dissocie alors l’orientation sexuelle de la sexuation physique« .

Vers une police de la pensée?

Prétendre que dès lors qu’une loi est votée il ne serait plus possible de considérer qu’il s’agit d’une loi inique reviendrait à interdire de considérer que ce qui est légal ne coïncide pas toujours avec ce qui est légitime. Ceci contribuerait à la mise en place progressive d’une police de la pensée, comme si une opinion (celle par exemple visant à remettre en cause le mariage homosexuel) constituait en soi un délit.

Le droit est-il le fruit d’un rapport de force ?

C’est la question que pose Monseigneur Rey. Il rappelle que le Conseil Constitutionnel a laissé entendre qu’il « n’entre absolument pas dans la tâche du législateur de définir la famille« . On pourrait citer également l’évolution, en cours de discussion, de l’article 31 de la loi de refondation de l’école de la république. Dans cet article le texte demandé par amendement en première lecture à l’Assemblée « Elle [l’école] assure les conditions d’une éducation à l’égalité de genre » a été remplacé par le Sénat par « Elle [l’école] transmet également l’exigence du respect des droits de l’enfant et de l’égalité entre les femmes et les hommes« , ce qui laisse supposer que la notion de genre n’est plus retenue pour le primaire.Or ce discours qui se voudrait apaisant en apparence est contredit par ce qui se déroule en arrière plan. L’article 31 de la loi de refondation de l’école précise aussi que l’école: «  assure conjointement avec la famille l’éducation morale et civique …».

Ainsi, la Circulaire d’orientation et de préparation de la rentrée 2013, publiée le 10 avril 2013, dit explicitement  » Pour contribuer à la lutte contre les violences et les stéréotypes de genre et, plus largement, permettre à chacun de se forger une attitude responsable, l’École doit promouvoir dès l’école primaire l’éducation à la sexualité, qui fait partie des programmes. Pour cela, un groupe de travail a été mis en place sur le sujet. Il fera des propositions pour améliorer cet enseignement indispensable« .

A l’objection« Ceci est du ressort des familles ! », le rapport « Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire » répond (page 10) que « la lutte contre les discriminations, l’éducation à la sexualité, sont du ressort des programmes scolaires. L’éducation civique, la connaissance et le respect des lois entrent dans les missions de l’école et ce quelles que soient les convictions des familles. »

« … nombre d’enfants de la petite enfance  sont élevés quasi exclusivement par leurs parents ou un membre de leur famille ((63 %, soit 1 500 000 enfants) et « échappent» ainsi à l’influence d’une action publique» (Rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance, pages 4 et 26).

On pourrait ainsi multiplier les exemples qui montrent le décalage entre ce que dit explicitement la loi et ce que les groupes de pression veulent lui faire dire. Faut-il en contrepoint rappeler les propos du Secrétaire général de l’ONU dans son message à l’occasion de la Journée internationale des familles le 15 mai 2013, qui a rappelé que « les familles sont le ciment des sociétés… ».

Objection de conscience

Monseigneur Rey poursuit:  » Nous ne devons pas obéir à la Loi parce qu’elle a le pouvoir de nous y contraindre, mais parce qu’elle est juste. La Loi Taubira fait partie de ces lois moralement injustes, auxquelles la conscience chrétienne ne peut souscrire. Il est des circonstances où la résistance morale devient une obligation« . Il ouvre ainsi la voie au débat sur la liberté de conscience et demande de garantir un droit d’objection de conscience « aux maires ou officiers d’état civil« , « aux professeurs qui devront enseigner que le mariage homosexuel est une alternative équivalente au mariage entre personnes de sexe différent« .

Et de conclure son message en écrivant : « J’appelle les catholiques du Var à s’inscrire, avec audace, détermination et inventivité, dans un engagement politique, au sens noble du terme« .

Appel à résister

Il rejoint ainsi l’appel à résister lancé par Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes le 17 mars 2013. Celui-ci suggère« une résistance de l’esprit qui, face à la multiplicité des informations, des commentaires, des émissions à thème, des documentaires sur des sujets de société, se rend capable de prendre du recul et d’examiner les argumentaires avec rigueur en distinguant ce qui est de l’ordre de la raison et ce qui est de l’ordre du sentiment. La résistance de l’esprit, c’est aussi prendre le risque d’écouter des raisonnements contraires aux nôtres, de savoir en débattre dans le respect mutuel et la cohérence de la pensée. Les jeunes de nos familles ont besoin d’apprendre de nous une méthode de raisonnement qui dépasse les clichés et les slogans à la mode ». Il évoque aussi la « résistance du langage qui refuse les tromperies sur les mots, les déplacements sémantiques, les changements de vocabulaire pour cacher la réalité. Il y a des évolutions du langage commun qui sont constructives ; il y en a d’autres qui ne sont qu’un déni de la réalité ».

Dans un texte destiné aux délégués diocésains à la pastorale des familles, daté de mai 2013, le Conseil Famille et Société avait donné des éléments de discernement et des pistes de travail pour poursuivre la réflexion sur la famille après le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe. Le texte reconnaît que « les catholiques prennent aujourd’hui conscience que leur vision n’est plus ni connue ni partagée par tous », « c’est une preuve de maturité point de vue ne soit pas retenu », « nous ne craindrons pas que nos façons de vivre entrent en contradiction ». Mais le texte n’aborde pas la question du genre.

Après cette prise de position plutôt molle, le message de Mgr Rey rejoignant celui de Mgr Brouwet tranche singulièrement par la netteté de ses propos et invite à l’action.

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