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Le rapport « Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire »

En octobre 2012, Michel Teychenné[1] a été chargé par le ministre de l’Éducation nationale de rédiger un rapport concernant l’homophobie dans les établissements scolaires. Le rapporteur a remis son rapport ministre de l’éducation nationale à la mi-mai 2013[2]. Entre temps le rapporteur  s’est exprimé dans le document « Éduquer contre l’homophobie dès l’école primaire » [3], élaboré par le syndicat SNUipp-FSU à l’occasion du colloque de même titre organisé le 16 mai 2013 par le SNUipp-FSU dans le cadre de la journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. «Après sa lecture, nous aurons ensemble une séance de travail sur ce sujet, puis le ministre rendra ces arbitrages avant la fin du mois de juin pour une mise en place des premières actions dès la rentrée 2013. Le rapport sera alors rendu public.»

Il indique encore  : « Mon rapport comprendra une synthèse des initiatives prises par les états, tant au niveau international que plus spécifiquement européen. En effet, la France est très en retard. Il y avait jusqu’à présent en France une forme de déni de la réalité et de la gravité des discriminations LGBT à l’école, une forme d’omerta qui était renforcée par une méconnaissance institutionnelle de ces problématiques – ce que j’analyse longuement dans mon rapport.
Il faut saluer le travail accompli par les syndicats des personnels de l’éducation nationale qui, depuis maintenant neuf ans, ont mené au sein du collectif « éducation contre les LGBT-phobies en milieu scolaire et universitaire » un important travail de sensibilisation, de réflexion et de propositions.
Dans le cadre de l’élaboration de mon rapport, je réfléchis à un certain nombre d’actions comme par exemple : le renforcement des partenariats avec les associations LGBT intervenant en milieu scolaire ».

La lecture du document permet d’anticiper le contenu du rapport de Michel Teychenné. Autre question cruciale, s’il affirme qu’en ce qui concerne les problématiques liées à la sexualité il doit y avoir une progressivité avec l’âge, «le respect de l’autre et de la diversité des ­familles (…) est une problématique qui concerne aussi l’enseignement primaire», écrit-il.

Le document comporte une partie théorique (40 pages)  et des fiches pédagogiques (120 pages) et des outils (livres, films, etc). Les réflexions théoriques traitent de sujets comme : Pourquoi et comment lutter contre l’homophobie dès m’école primaire,  le genre, « ennemi principal » de l’égalité, déconstruire la complémentarité des sexes. Les fiches pédagogiques portent sur Familles Arc-en-ciel, Se construire comme fille ou garçon, Papa porte une robe, Le baiser de la lune (film d’animation destiné à sensibiliser les enfants à l’homophobie. C’est l’histoire d’un poisson, Félix, qui n’a d’ouïe que pour Léon et pas pour la fiancée que lui a trouvée sa grand-mère).

L’atelier « Papa porte une robe » (page 76 du rapport) a été testé en classe de CP à Dijon. L’expérience est édifiante : les raccourcis entre l’histoire et la réalité sont si nombreux et l’effacement de la majorité face à l’exception si important que toute la classe finie par affirmer (à part un seul garçon – qui va finalement se retrouver stigmatisé ?) qu’il est normal qu’un homme porte une robe et que cela ne le transformera pas en femme car l’habit n’a pas d’importance[4].

En guise de mesures concrètes, il est proposé d’utiliser différentes entrées dans les apprentissages : « le questionnement des stéréotypes de genre ; les relations amoureuses et les différents types de familles, notamment par le biais de la littérature de jeunesse (avec des livres comme Papa porte une robe, L’histoire du petit garçon qui était une petite fille, ou encore Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi) ; l’éducation affective et sexuelle ».

Extraits des réflexions théoriques :

Le genre, « ennemi principal » de l’égalité. Il est nécessaire que « les enseignant-es et leur formation prennent en compte les études sur le genre dans leurs pratiques quotidiennes, tant au niveau des contenus d’enseignement que des interactions qu’ils/elles ont avec leurs élèves, ainsi que dans la gestion des relations entre enfants. Il faut veiller à ne pas enfermer les élèves dans des schémas étriqués, mais au contraire leur laisser ouvert le champ de tous les possibles ». (page 18).

« La persistance des inégalités entre les sexes et la longue invisibilité des questions d’homophobie ne peuvent être comprises que si l’on éclaire le manque d’efficacité et d’efficience du droit par un sexisme et un hétérosexisme constituant. La complémentarité des sexes est en effet un mythe fondateur de notre République au cœur de notre constitution ainsi que des différentes branches du droit (pénal, fiscal, social…) ». (page 23).

« …deux conceptions de « l’ordre sexué. La première, qualifiée d’« harmonie naturelle », repose sur le postulat selon lequel la société tend naturellement vers la justice et le bonheur lorsqu’elle respecte l’ordre naturel conférant aux hommes et aux femmes des fonctions et des places différentes au sens de « complémentaires », de la procréation à la production sociale et politique. Elle est fondée sur l’idée que la différence entre les sexes est incompatible avec l’égalité entendue comme « mêmeté ». La seconde, qualifiée de « droit à l’égalité », pense les différences dans l’égalité entendue comme un principe politique et non comme le fait d’être similaire. Dans ce modèle, l’ordre social et politique est premier, et non pas un prétendu ordre naturel qui n’est que notre manière de lire, de construire ou de comprendre la nature. Il s’agit donc de déconstruire la complémentarité des sexes pour transformer en profondeur la société ». (page 24).

Sur ce rapport l’auteur indique (17 mai 2013) « Les personnels enseignants sont prêts à assumer cette ouverture ». »« . « S’il y a une chose qui m’importe vraiment, c’est que ce rapport soit utile : il obéit à une logique d’ensemble, on ne peut pas en détacher un point ou un autre, c’est une démarche globale dont je souhaite qu’elle permette de sortir de la situation de vide actuelle »[5].

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