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Rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons

Le rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons dans les modes d’accueil de la petite enfance[1] , publié en novembre 2012, est la réponse à une demande de la ministre de la condition de la femme qui écrivait  notamment dans sa lettre de mission:

« La question de l’égalité entre les femmes et les hommes bute de plus en plus sur deux freins majeurs : celui du partage des responsabilités familiales et celui des systèmes de représentation qui assignent hommes et femmes à des comportements de « genre social », en quelque sorte prédéterminés ».

(Des rapports antérieurs disent que ) « les stéréotypes fonctionnent comme des verrous identificatoires et entravent l’aspiration des hommes et des femmes à embrasser tout le champ des possibles ».

« Les places et rôles des hommes et des femmes, le féminin et le masculin sont avant tout des constructions sociales et il importe d’analyser comment, dans une société, s’élabore la différence des sexes et se construisent le féminin et le masculin, notamment à usage des enfants.

La cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des préoccupations des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement.

L’enjeu est donc de voir si les représentations qui circulent dans les pratiques des professionnels de la petite enfance, mais aussi dans la presse et la publicité ciblant cette tranche d’âge, ont pour objet d’ouvrir tout le champ du réel, ou au contraire de proposer une mise en forme de cette réalité qui légitime un ordre social, et contribue à la persistance de rapports inégalitaires ».

La mission a visé à examiner les systèmes de représentation du masculin et du féminin qui déterminent des comportements stéréotypés et à rechercher les moyens de les faire évoluer. Les conclusions sont publiées dans le rapport (150 pages).

Voici quelques extraits de ce rapport permettant de se faire une idée de son contenu avant de la parcourir en détail.

« …nombre d’enfants de cette tranche d’âge sont élevés quasi exclusivement par leurs parents ou un membre de leur famille ((63 %, soit 1 500 000 enfants) et « échappent» ainsi à l’influence d’une action publique ». (rapport, pages 4 et 26).

« Le mot genre est utilisé pour désigner la dimension sociale des rôles associés aux individus de sexe féminin et masculin. Il renvoie à l’idée que l’identité sexuée d’un individu est la résultante d’un construit social et fait référence aux différentes étapes à travers lesquelles passe un enfant pour se construire comme un garçon ou une fille de sa culture et de son époque ». ( page 15).

« La notion d’identité sexuée recouvre le sentiment d’appartenir à un sexe ainsi que l’appropriation des caractéristiques définies culturellement qui lui sont reliées. La mission a retenu ce terme, qu’elle assimile à celui d’identité de genre. Ces notions désignent les rapports entre les catégories sociales du masculin et du féminin, qui sont fondés à la fois sur une histoire collective mais aussi sur l’histoire individuelle, familiale et transgénérationnelle de chaque individu et sont construits à un moment donné dans un lieu donné. Ils sont donc susceptibles d’évolution et potentiellement sujets à déconstruction. L’enjeu n’est pas de nier qu’il existe des différences biologiques entre femmes et hommes mais bien de montrer que nos sociétés les ont surinvesties ». (page 15).

« Ce qui est à traquer n’est pas la différence biologique, mais les signaux secondaires qui instruisent les filles et les garçons des attendus limitatifs et pernicieux qui produisent des entraves pour l’un et l’autre genre et confisquent prématurément, pour chacun des sexes, l’éventail de tous les possibles ». (page 21).

« La mission n’a pas fait le choix d’adopter une position de neutralité totale, comme dans certains établissements préscolaires suédois, qui se disent « gender neutral », … parce que la société ne peut entendre un tel message aujourd’hui ». (page 21).

« La mission propose, dès lors, un programme d’action en cinq points et quinze mesures pour sensibiliser les professionnel-le-s de la petite enfance et enclencher le changement, pour modifier le cadre des formations, conforter les bases théoriques et enclencher un mouvement d’envergure dans la société ». (page 63).

« De plus, il n’est pas rare que des professionnel-le-s, même convaincu-e-s de la nécessaire égalité entre filles et garçons, expriment la crainte de se mettre en porte-à-faux avec les familles et de faire de l’ingérence, réserve qui n’est jamais évoquée lorsqu’il s’agit de combattre le racisme ». (page 67).

« Il convient de réfuter l’argument de l’ingérence …  Enfin, il y a des engagements de la France pour ce faire et donc les parents ne peuvent qu’adhérer à l’obligation juridique d’égalité entre les femmes et les hommes ». (page 68).

Parmi les actions proposées (pages 65 à 78) :

  • Dès le début de 2013, sensibiliser l’ensemble des professionnel-les-s à la question de la socialisation sexuée des petits enfants. La mission a choisi le terme PASS-ÂGE pour cette méthode.
  • Construire un KIT éducatif destiné à sensibiliser l’ensemble des professionnel-le-s : le DVD PASS-ÂGE. Il convient que, dès 2013, l’ensemble des crèches soient sensibilisées à cette question de la construction différenciée de l’identité sexuée.
  • Lancer des expérimentations dans dix crèches-pilotes: le guide PASS ÂGE.
  • La question de la crainte de l’indifférenciation sexuelle devra également être abordée avec les parents. Il ne s’agit pas d’abolir les différences mais de les multiplier à l’infini afin que les enfants ne soient pas limités par leur sexe.
  • Sensibiliser les parents : le DVD PARENTS PASS-ÂGE.
  • Inscrire la démarche dans un réseau d’acteurs: le Pacte Educatif pour l’Enfance. Sont identifiés comme membres du réseau, outre l’Etat, les conseils régionaux, les conseils généraux, les communes, les caisses d’allocations familiales, les parents, les professionnels de la petite enfance, leurs écoles de formation, les associations gestionnaires de structures d’accueil, les professions connexes (personnel de la PMI, bibliothécaires et ludothécaires etc.), les maternités, les chercheurs, les représentants des secteurs d’activité économique et culturelle touchant la petite enfance (jouets, livres, presse, dessins animés/production audiovisuelle, spectacles, confection, mobilier…), les medias.

[1] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/docfra/rapport_telechargement/var/storage/rapports-publics/134000193/0000.pdf

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